dimanche 26 mai 2013

REGALIA et Joyaux de la Couronne de France

Ce billet thématique sort du cadre habituel de ce blog. Juste pour le plaisir des yeux...

A - Regalia de la Couronne de France
B - Joyaux de la Couronne de France
ou "Diamants de la Couronne"

A - Regalia de la Couronne de France

Frans II Pourbus : La Vierge de la famille de Vic. Agenouillé, "Charlemagne" porte l'ensemble des Regalia des rois de France, en particulier la couronne de Saint Louis (1617 - Eglise St-Nicolas-des-Champs, Paris)

Dessin de la Sainte Couronne de France (ou couronne de Saint Louis) réalisé d'après le tableau de Pourbus. Détruite à la Révolution (aquarelle, B.N.F.)
L’émeraude dite de Saint Louis (ornait la Sainte Couronne du royaume de France). Collection Muséum national d'Histoire naturelle de Paris 

Reconstitution de la couronne dite "de Charlemagne", et de la couronne des reines. Créées pour Philippe Auguste (XIIe), détruites pendant les guerres de Religion. Gouache de Félix Comte, d'après Bernard Morel. 

Main de Justice des rois de France (13e s. - détruite à la Révolution), et Sceptre de Charles V. Aquarelle de Roger de Gaignières (17e).

Sceptre de Charles V. Surmonté d'une figure de Charlemagne. Or, perles, pierres précieuses. (Avant 1380 - Louvre) 

Couronne d'Henri IV (d'après Félibien), détruite à la Révolution. Avec le fermail du sacre (ancien Trésor de Saint-Denis)
Main de Justice et Sceptre d'Henri IV (d'après Félibien), détruits à la Révolution - et l'anneau du roi Saint-Louis (Louvre)

Hyacinthe Rigaud : Louis XIV en costume de sacre (1638-1715). (vers 1701 - Louvre). Remarquer le grand collier de l'Ordre du saint-Esprit et l'épée du sacre.

Regalia : Couronne, Sceptre, et Main de Justice de Louis XIV (détail du tableau de Rigaud). Fondus à la Révolution.

Epée du sacre, dite ''de Charlemagne'' (Louvre)

Paire d'éperons d'or du sacre des rois de France, (Louvre)

Calice du sacre des rois de France (vers 1200 - palais du Tau, Reims)

Canthare, dit "Coupe des Ptolémées". Utilisée comme calice lors du sacre des reines de France. (IIIe siècle avant J.-C - Paris, Cabinet des Médailles). En sardonyx, elle est ornée de scènes du culte bachique. 
Vue de la coupe avec son pied d'orfèvrerie, avant le vol de 1804 et la destruction du pied.

Patène de serpentine, datant du 1er siècle avant ou après Jésus-Christ, remaniée à l'époque de Charles le Chauve (IXe siècle). Utilisée lors du sacre des reines (Louvre)

Couronne de Louis XV. Paris 1722. Argent doré (vermeil). Et son écrin (Louvre)

Le Fermail du sacre, servait à fixer le manteau. Vendu pendant la Révolution. (détail du portrait de Louis XV âgé de 13 ans, par Alexis Simon Belle) 
Fermail, dit Fermail de St Louis, provenant du trésor de l'abbaye de St-Denis (14e - Louvre). Fermail proche du précédent.

Jacques-Louis David : Le Couronnement de l’Impératrice Joséphine à Notre-Dame de Paris (1805 – Louvre). 6,21 x 9,79 m.
Jacques-Louis David : "Le Couronnement de l'Impératrice Joséphine" (détail). L'empereur tient la couronne de Joséphine. Couronne exécutée par le joaillier Marguerite (fondue en 1823).

François Gérard : Napoléon 1er en costume de sacre (1805 – Fontainebleau). L'Empereur porte les Honneurs qui seront fondus en 1819.

La Couronne de laurier et le Grand collier de la Légion d'Honneur, le Sceptre, la Main de Justice et le Globe, réalisés par Martin-Guillaume Biennais. Ils faisaient partie des "Honneurs de l'Empereur". Fondus en 1819 sur ordre de Louis XVIII. (détails du tableau de Girodet)

Tabatière contenant une feuille d'or de la couronne du sacre de Napoléon 1er. Elle a été remise par l'Empereur au peintre Isabey (Fontainebleau) 

Novembre 2017 - Une feuille d'or provenant de la couronne de l'Empereur, conservée dans la famille de Martin-Guillaume Biennais, a été vendue pour 625 000€ (frais inclus - vente Osenat)

Tunique du sacre de l'Empereur (1804 - château de Fontainebleau)

Ceinture du sacre de l'Empereur (1804 - château de Fontainebleau)

Epée du sacre de Napoléon 1er. Par Nitot, joaillier (Fontainebleau)
Manteau pourpre du "Petit habillement" du Sacre de Napoléon Ier, avec parements et collet (1804 - Fontainebleau)

Bague dite " du couronnement de l'Impératrice Joséphine" (château de Malmaison)

Couronne dite de « Charlemagne » par Biennais (1804 - Louvre). Présente au sacre de Napoléon 1er, elle faisait partie des "Honneurs de Charlemagne"

Main de justice, et sceptre. "Honneurs de Charlemagne" utilisés lors du sacre de Napoléon 1er (Louvre)

Aiguière du sacre en vermeil, par Henri Auguste (1804 - château de Fontainebleau)

Bassin du sacre en vermeil, par Henri Auguste (1804 - château de Fontainebleau)

Regalia des funérailles de Louis XVIII - de haut en bas : Couronne du Roi - Main de Justice et  Sceptre - Couronne de la Reine (Basilique de Saint-Denis)

François Gérard : Le Couronnement de Charles X à Reims (5,14 x 9,72 m) (1827 - château de Versailles)

Francois Gérard : Charles X en grand costume de sacre (1757-1836) (1825 - Versailles)

Couronne du sacre de Charles X. Créée par Ménière et Bapst pour Louis XVIII, remaniée pour le sacre de Charles X. (détruite en 1887) (détail du tableau de Gérard)

Ecrin de la couronne du sacre de Charles X (Louvre)

Reliquaire de la Sainte Ampoule. Pour le sacre de Charles X (1824 - Reims, Palais du Tau)

Sainte Ampoule, pour le sacre de Charles X. (1824 - Reims, Palais du Tau)

Pain d'offrande du sacre de Charles X, par Jean-Charles Cahier (1825 - Reims, Palais du Tau)

Manteau royal du sacre de Charles X (Reims, Palais du Tau). Commandé par Louis XVIII.

Épée du sacre de Charles X, créée par Evrard Bapst, ornée de 1576 diamants (1825 - volée au musée du Louvre en 1976)
Ecrin de l'épée en diamants du sacre de Charles X, portant les armes de Napoléon III (Louvre) 

Franz Xaver Winterhalter (1805-73) : Napoléon III en costume de sacre (1852) et Regalia. L’Empereur n’a jamais été couronné.
Couronne en or de l'Empereur Napoléon III (reconstitution) - exécutée par Ganriel Lemonnier en 1855, elle était ornée de 8 gros diamants, de 8 grosses émeraudes (voir ci-dessous), d'une cinquantaine d'émeraudes plus petites, et de nombreux brillants. Détruite en 1887

Les 8 émeraudes, ainsi que la suite des 34 autres plus petites, figuraient sur la couronne impériale de Napoléon III, conçue en 1855 par Lemonnier. Elles proviennent des célèbres mines d'émeraudes de Muzo en Colombie. (Collection de l'École des Mines de Paris)
 
Couronne en or de l'Impératrice Eugénie. Exécutée par Gabriel Lemonnier en 1855 (56 émeraudes, et 2 490 diamants). Ancienne collection des "Diamants de la Couronne" (Louvre – don de M. et Mme Roberto Polo en 1988) 
Écrin de la couronne d'Eugénie (Louvre)


B - Les Joyaux de la Couronne de France ou "Diamants de la Couronne" (Louvre)

Spinelle rouge, dit ''Côte de Bretagne''. Ancienne collection des « Diamants de la Couronne » (Attribué au Louvre en 1887). La pierre la plus ancienne.

Insigne de la Toison d'Or porté par Louis XV. Au centre, on reconnaît le spinelle ''Côte de Bretagne''. Et au-dessous, le Diamant Bleu : 69 carats, provenant d'Inde. Taille de forme triangulaire à 72 facettes.
Volé en 1792 (pendant la Révolution), le diamant bleu se retrouve en Angleterre où il est retaillé. Vers1824, il est acheté par Henry Philip Hope. Il devient le "diamant Hope" (actuellement au Smithsonian Institute de Washington - Légalement, ce diamant inaliénable appartiendrait toujours à la France). 

Reconstitution de l'insigne de la Toison d'Or de Louis XV (pierres artificielles)

Le « Régent » (découvert en Inde en 1698 - 140,64 carats). Ancienne collection des « Diamants de la Couronne » (Attribué au musée du Louvre en 1887)

Le « Sancy » (55,23 carats). Ancienne collection des « Diamants de la Couronne » (Louvre - acquis en 1976)

Le Diamant rose à 5 pans, dit ''Hortensia'' (20 carats). Ancienne collection des « Diamants de la Couronne » (Attribué au musée du Louvre en 1887) 


Modèle de l'épée de diamants de Louis XVI, chef-d'oeuvre d'orfèvrerie de Georges Frédéric Bapst. Ornée de 2 189 diamants taillés en rose - volée en septembre 1792 (détruite).

Broche-pendentif de l’Impératrice Eugénie. (27 gros diamants dont les « Mazarins » 17 et 18). Ancienne collection des « Diamants de la Couronne » (attribué au Louvre en 1887). Et son écrin.

Insigne de l'Ordre de l’Éléphant de Danemark, par Evrard Bapst, ayant appartenu à Louis XVIII. Ancienne collection des « Diamants de la Couronne » (déposé au Louvre en 1887)

Épingle : Dauphin, dit le ''Dragon perle'' (XVIe siècle) - Ancienne collection des « Diamants de la Couronne ». (Attribuée au musée du Louvre en 1887)

La Montre du Dey d’Alger, offerte par Husseïn ben El-Husseïn, dey d'Alger, à Charles X. (ornée de 265 diamants). (Attribuée au Louvre en 1887)

L'Aigle de Pologne. Grenat hessonite, 149 rubis, émeraude, perle. Ancienne collection de Louis XIV. (Attribuée au Louvre en 1887)

Grande plaque de l’Ordre du Saint-Esprit. A été offerte par Louis XV, à son gendre l’infant Philippe, duc de Parme (400 brillants et un rubis). (Louvre - acquis en 1953)

Paire de bracelets de rubis et diamants de la duchesse d'Angoulême (fille de Louis XVI). Réutilisation d’une parure de Marie-Louise (72 rubis et 420 brillants). Ancienne collection des « Diamants de la Couronne » (Louvre - don Claude Menier en 1973)

Paire de Boucles d’oreilles de Joséphine. Deux grosses perles poires (Louvre - don Claude Menier en 1973)

Parure complète de saphirs et diamants de la reine Marie-Amélie. Réutilisation d’une parure de la reine Hortense (42 saphirs et 2 147 diamants) (Louvre - acquise en 1985)

Le diadème de perles et diamants de l’impératrice Eugénie (212 perles, et 1998 diamants). Ancienne collection des « Diamants de la Couronne » (Louvre - acquis en 1992 pour 3 719 730 F)

Ecrin de la parure en or et mosaïques (Louvre - acquis en 2001)

Parure en or et mosaïques de Marie-Louise (1810), par François-Regnault Nitot. Ancienne collection des « Diamants de la Couronne » (Louvre - acquise en 2001 pour 609 202 F)

Diadème d’émeraudes et diamants de la duchesse d’Angoulême, par Frédéric et Evrard Bapst (40 émeraudes et 1 031 brillants). Ancienne collection des « Diamants de la Couronne ». (Louvre - acquis en 2002)

Collier et pendants d’oreille de la parure de diamants et émeraudes offerte par Napoléon à l'impératrice Marie-Louise, par Nitot (38 émeraudes, et 1 256 diamants). (Louvre - acquis en 2004 pour 3,7 M€)

Les Joyaux de la Couronne au musée du Louvre 

Grand Nœud de ceinture offert par Napoléon III à l'Impératrice Eugénie en 1855 (2634 diamants) - réalisé par le joaillier François Kramer. Ancienne collection des « Diamants de la Couronne » (Louvre - acquis en avril 2008 pour 10 millions de dollars, soit 6,72 millions d’euros)

Boîte à portrait de Louis XIV - Portrait par Jean I Petitot. (enrichie de 92 diamants) (Louvre - acquis en février 2009 pour 481 000 €



Broche d'épaule de l'Impératrice Eugénie, réalisée par François Kramer en 1853 - 7 perles, 25 diamants, et des brillants (Louvre - acquise en mars 2015). 
L'Impératrice possédait 4 broches d'épaule semblables.
Au centre, un devant de corsage assorti, orné de la perle "Napoléon" (photo de la vente de 1887)

Les joyaux réalisés pour l'Impératrice Eugénie ont été rassemblés dans une petite vitrine peu valorisante près des appartements Napoléon III au Louvre. 

Grand-Croix de la Légion d'Honneur de Napoléon III. Or, 284 brillants, 28 émeraudes et 11 rubis (Coll. part.)

Coffret contenant plusieurs joyaux célèbres : la Topaze de Louis XIV (jaune) - la grande Opale de Louis XVIII (en haut), elle a servi à attacher le manteau du sacre de Charles X
- la grande Émeraude de Louis XIV (au centre) 
- le Corindon Saphir, dit "Saphir bicolore de Louis XIV" - etc. (Attribués au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris en 1887)

Le Grand Saphir de Louis XIV (ou « Ruspoli » - 135,80 carats). Ancienne collection des Diamants de la Couronne. (Attribué au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris en 1887)


Perles de la Couronne dans un coffret allemand. Collection du Muséum national d'Histoire naturelle de Paris

Collier de boules d'émeraudes (Joyaux de la Couronne). Collection du Musée de Minéralogie à Paris

6 Rubis brésiliens provenant d'une parure de Marie-Louise (Joyaux de la Couronne). Collection du Musée de Minéralogie à Paris

12 améthystes provenant d'une parure de Marie-Louise (Joyaux de la Couronne). Collection du Musée de Minéralogie à Paris

Écrin du diadème grec - Le Diadème grec n'existe plus
 
Écrins des "Diamants de la Couronne" conservés au musée du Louvre 

Coffre des pierreries de Louis XIV. En or (Louvre)

Coffret à bijoux de Marie-Antoinette (dauphine), par Martin Carlin. Acquis en 1997 pour 14 MF, soit 2,1 M€ (1770 - Versailles)

Serre-bijoux de Marie-Antoinette, par Jean-Ferdinand Schwerdfeger (1787 - Versailles) 

Coffre à bijoux-écritoire de l'Impératrice Joséphine, par Martin-Guillaume Biennais (Malmaison)

Serre-bijoux (dit Grand Écrin) de l'Impératrice Joséphine, puis de Marie-Louise au château des Tuileries. Réalisé par Jacob-Desmalter (1809 - Louvre)

L'un des meubles serre-bijoux de l'Impératrice Eugénie, par Charon frères (vers 1855 - château de Compiègne)

Toilette-serre-bijoux de l'Impératrice Eugénie (Compiègne)

La nouvelle présentation des joyaux dans la galerie d'Apollon est achevée. Malheureusement, les 5 joyaux ayant appartenu à l'Impératrice Eugénie sont présentés à part, dans une petite vitrine médiocre, près des appartements Napoléon III. (voir ci-dessus)
Après les récentes acquisitions, les bijoux, de provenance royale ou impériale, présentés dans la vitrine de la galerie d'Apollon du Louvre, et dans celle des appartements Napoléon III, constituent un ensemble de plus de 11 000 pierres et perles


La vente de 1887 - Une catastrophe nationale
Parure de saphirs
Éléments de la parure "Feuilles de groseillier" (par Alfred Bapst)
Mis à l’abri pendant la guerre de 1870, les « Diamants de la Couronne » de France furent exposés avec succès à Paris en 1878, à l’occasion de l’Exposition universelle, puis en 1884, au Louvre, dans la salle des États. A ce moment, la collection était riche de 77 486 pierres et perles, une des plus belles collections du monde. Mais ils étaient menacés par la haine de la monarchie. La République encore fragile voulut priver à jamais les prétendants de la possibilité d’utiliser les Diamants de la Couronne. L’adversaire le plus efficace de ces derniers fut le fils de François-Vincent Raspail, le député Benjamin Raspail. Ce dernier déposa à la Chambre en 1878 une motion demandant la vente, qui fut approuvée, en juin 1882 seulement, par 342 voix contre 85.  C'est aussi cette même année que fut décidée la destruction du palais des Tuileries.
Sur la grande photo, on reconnaît le grand nœud de diamants (à gauche), et le diadème de perles et diamants (en haut, à droite).
La vente se déroula au Louvre, dans la salle des États, en neuf vacations, du 12 au 23 mai 1887. A cause de la stupidité de certains hommes politiques de la IIIe République, et en particulier de Benjamin Raspail, la France a perdu un patrimoine précieux.
Depuis 1953, le musée du Louvre tente de reconstituer en partie cette magnifique collection.


Documents :
Pour plus d'informations sur les "Regalia de la Couronne de France"


Plus d'informations sur :
"Les Diamants de la Couronne de France"

historique succinct

La collection des joyaux de la Couronne de France qui constituaient un trésor d'Etat inaliénable, était désignée officiellement sous le nom de "Diamants de la Couronne", même quand les bijoux ne comportaient pas de diamants (perles, rubis, saphirs, etc.). C'est pourquoi nous emploierons indistinctement les deux expressions : Diamants de la Couronne ou Joyaux de la Couronne.

15 juin 1530François 1er crée le trésor inaliénable des "Diamants de la Couronne". Il sélectionne 8 bijoux qui devaient constituer le noyau de la collection. La plupart venaient de son épouse Claude de France. Le spinelle "Côte de Bretagne", retaillé en forme de dragon pour être intégré à l'insigne de la Toison d'Or de Louis XV, est le seul joyau, datant de cette époque, encore conservé au Louvre. Il est donc aussi le plus ancien.

1661Mazarin Lègue à Louis XIV 18 diamants magnifiques qui portèrent son nom.
Le plus gros : Le Sancy (55 carats - ancienne collection de Jacques 1er) (Louvre).
Subsistent aussi les « Mazarins » 17 et 18 qui sont insérés dans la broche-pendentif de l’Impératrice Eugénie (Louvre).

Inventaire de la collection de Louis XIV en 1691

Extraits du livre de Bernard Morel : « Les Joyaux de la Couronne de France ». Ed. Albin Michel, 1988 (p. 166).

Le 10 septembre 1691 fut close à Versailles la rédaction de l’inventaire de l’ensemble des diamants et pierreries de la Couronne de France.

Le chapitre 1 concernait 3 pierres à l’usage du roi.
La première était le Sancy (Louvre) estimé 600 000 livres ;
la seconde le Diamant Bleu estimé 400 000 livres (volé en 1792, et retaillé par Hope) ;
et la troisième, le Grand Saphir de Louis XIV (Muséum d’histoire naturelle, Paris) estimé 40 000 livres.
Le roi portait généralement le Sancy au chapeau. Quant au Diamant Bleu, monté sur un bâtonnet d’or émaillé, il servait d’épingle à la cravate de dentelles. La monture d’or du Grand Saphir nous laisse à penser qu’il servait aussi d’épingle de cravate.

Le chapitre 2 était une grande chaîne formé de 45 grands diamants tous taillés en table, sauf une pointe de 8 carats 1/2 – série de chatons reliés par des crochets qui portaient quelques-uns des plus beaux diamants de la couronne : le De Guise, le Second Mazarin, Le Miroir de Portugal, le Grand Mazarin, et les Mazarins VIII, X, XII, XIII, XIV. Etc.
Les 45 diamants de la chaîne montaient à 1 996 000 livres.

Le chapitre 3 décrivait une parure de diamants pour le roi, composée de 123 boutons de justaucorps, de 300 boutonnières, de 19 fleurons de boutonnières de justaucorps, de 48 boutons et boutonnières pour la veste (sorte de gilet long boutonné porté sous le justaucorps), d’une croix de chevalier de l’ordre du Saint-Esprit pour le justaucorps (redingote ouverte), et d’une croix de l’ordre du Saint-Esprit pour pendre au bas du cordon bleu, et enfin d’un crochet de chapeau.
151 des 300 boutonnières étaient de 5 diamants chacune, et étaient estimées 3738 livres pièce – et les 149 autres d’un seul diamant de 2500 livres l’unité, pour un total de 936 938 livres.
Les 19 fleurons totalisaient 787 495 livres.
Les 48 boutons de veste et boutonnières revenant à 185 136 livres.
La croix de chevalier de l’Ordre du Saint-Esprit était composée de 112 diamants. Le corps de la colombe était un brillant pendeloque de 35 000 livres, et les ailes formées de 2 autres brillants pendeloques estimés ensemble 42 000 livres. Valeur du joyau : 150 750 livres.
La croix « pour le cordon bleu de Sa Majesté » réunissait 120 diamants qui totalisaient 155 666 livres.
Le crochet de chapeau était un merveilleux bijou orné de 7 grands diamants. Le principal était la seconde grande pierre ramenée par Tavernier, pesant 43,80 carats pour 200 000 livres. Valeur du crochet : 470 000 livres.
Le roi portait le magnifique Diamant Bleu à sa cravate. (volé en 1792, retaillé et devenu le "Hope")
La valeur de la parure entière de diamants pour le roi montait à 4 511 373 livres.

Le chapitre 4 concernait une parure de toutes pierres pour le roi (pierres de toutes les couleurs). Elle était composée de 168 boutons, de 336 boutonnières, de 19 fleurons de boutonnières pour le justaucorps, 48 boutons et 96 boutonnières pour la veste, d’une croix de chevalier de l’Ordre du Saint-Esprit, d’une épée (66 pierres de couleurs et 121 diamants) avec sa garniture de baudrier (83 pierres et 137 diamants), d’un crochet de chapeau, et de deux paires de boucles de jarretières.
Le roi portait le Grand Saphir (135,80 carats) à sa cravate.
La parure de toutes pierres totalisait la somme de 940 070 livres.

Le chapitre 5 décrivait une parure de perles et de diamants pour le roi, composée de 130 boutonnières de justaucorps, de 19 fleurons de boutonnières et d’un crochet de chapeau, parure qui était portée particulièrement les jours de grand deuil.
La parure complète de perles et diamants montait à 1 499 713 livres.

Le chapitre 6 décrivait un crochet de chapeau non compris dans les parures. Il était orné de 7 diamants taillés en brillants. Valeur de ce crochet : 188 290 livres.
Un second crochet de chapeau orné d’un seul diamant couleur fleur-de-pêcher estimé à 43 866 livres.

Le chapitre 7 décrivait le collier d’Anne d’Autriche réunissant 25 grosses perles rondes de bel Orient, estimé 250 000 livres.
Suivait la plus belle perle ronde alors connue, que le roi avait achetée à Bazu en 1669, estimée 90 000 livres : « la Reine des Perles ».

Le chapitre 8 concernait 4 paires de pendants d’oreilles.
Chaque pendant de la première paire s’ornait de 4 grands diamants. L’un des deux avait au bouton le Quatrième Mazarin, et en pendentif le Cinquième Mazarin. Le second avait au bouton le Richelieu, et en pendant principal le Sixième Mazarin. Cette paire de pendants d’oreilles en girandoles montait à 500 000 livres.
La seconde paire réunissait quatre beaux diamants. Valeur : 205 000 livres.
Chaque boucle de la troisième paire, en girandole, était formée d’une perle plate en bouton où pendaient trois perles poires attachées à 4 diamants taillés à facettes. Valeur : 53 400 livres.
La quatrième paire de pendants d’oreilles réunissait deux fois onze diamants taillés en pendeloques et placés en girandoles ; les 22 pierres estimées 44 000 livres.

Le chapitre 9 concernait 3 poinçons ou épingles pour chevelure, l’un portant un grand diamant jaune à facettes en forme de cœur estimé 20 000 livres ; le second, un diamant taille rose en forme de cœur couleur de topaze, estimé 11 000 livres ; le troisième, un diamant taillé en pointe, couleur de foin, estimé 10 000 livres.

Le dixième et dernier chapitre comprenait une nouvelle épée à lame damasquinée et à poignée d’or, enrichie de 131 diamants, payés 23 769 livres, et 20 ferrets de petits diamants pour 4 000 livres.

Au total, il y avait 5 885 diamants, 1 588 pierres de couleur dont le plus beau saphir alors connu au monde (le Grand Saphir de Louis XIV), et 488 perles, dont la plus belle perle ronde connue en Europe, « la Reine des Perles » de 112,25 grains métriques.
Valeur totale : 11 430 481 livres. Les plus beaux joyaux d’Europe.

Dans l’esprit du roi et de Colbert, il ne s’agissait pas là seulement d’un luxe gratuit. Ils créaient ainsi pour l’Etat une dernière réserve monétaire prête à servir dans des cas extrêmes, mais si le roi dut sacrifier vers la fin du règne sa vaisselle d’or et le mobilier d’argent de Versailles, jamais il ne mit en gage les joyaux de l’Etat ; il fut simplement contraint, de 1691 à 1715, de ne point les enrichir.
De même, « le plus grand roi du monde » se devait de posséder la plus riche collection de joyaux de la Chrétienté.

Bien entendu, le roi garda la tradition d’un trésor particulier dont il faisait ce que bon lui semblait. Il faut ajouter les innombrables bijoux dont il combla ses maîtresses, et les cadeaux de joaillerie faits aux souverains et ambassadeurs.
Au cours de la seule année 1687, il dépensa plus de 2 millions de livres en pierreries.
Cela fit beaucoup pour conforter la suprématie de la joaillerie française.

Monsieur (Philippe d’Orléans), frère du roi, possédait pour plus de 5 millions de livres de pierreries.
A la succession de Mme de Maintenon, on trouvera pour 3 millions de livres de pierreries.

En 1717 - Acquisition par Philippe d'Orléans, régent de France, d'un diamant de 140,64 carats (découvert en Inde en 1698) qui portera son nom : Le Régent. Ce diamant orna la couronne de sacre de Louis XV (Louvre), et l'épée du sacre de Napoléon 1er (Fontainebleau).


Inventaire de 1791
-9 547 diamants - 506 perles – 230 rubis et spinelles – 71 topazes – 150 émeraudes – 35 saphirs – 19 pierres (total 10 558)
Estimation : 24 millions de livres

En  1792, pendant la période révolutionnaire, vol des Diamants de la Couronne. Une partie est retrouvée.

A partir de 1805, l’empereur Napoléon 1er effectue des acquisitions importantes.
En 1814, le trésor ("Diamants de la Couronne") comprenait : 65 072 pierres et perles, la plupart montées en bijoux.
Ce trésor ne comprend pas différentes magnifiques parures personnelles offertes aux Impératrices Joséphine et Marie-Louise.

Quelques enrichissements sous la première Restauration (1815-1830).

Napoléon III enrichit peu les "Diamants de la Couronne", mais de très belles parures sont créées par de grands joailliers.
A la chute du Second Empire, les Joyaux de la Couronne étaient composés de :
51 403 diamants, taille brillant
21 119 diamants, taille rose
2 962 perles
507 rubis - 136 saphirs - 250 émeraudes
528 turquoises - 22 opales - 235 améthystes
500 autres pierres
Soit : 77 662 pierres et perles

1887 - Année d’une catastrophe nationale. Sur décision de la IIIe République, les joyaux de la Couronne de France sont dispersés aux enchères publiques lors de 9 vacations du 12 au 23 mai 1887. Le prétexte était la suppression des symboles monarchistes. Bravo à Benjamin Raspail, Jules Grévy, et Sadi-Carnot, troïka de la stupidité responsable de cette dispersion ! La conséquence fut la perte irrémédiable d'un trésor historique inouï.
- Quelques pierres ou pièces historiques sont cependant conservées au Louvre. (Le Régent, le spinelle « Côte de Bretagne », la broche-pendentif de l’Impératrice Eugénie, la montre du Dey d'Alger (ornée de 265 diamants), l’épée du sacre de Charles X (volée en 1976), etc.)

- Quelques pierres exceptionnelles sont attribuées au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris :
Le Grand Saphir de Louis XIV (« Ruspoli », 135,80 carats) –
La Topaze de Louis XIV (28,10 carats) –
Le Diamant-portrait de l’impératrice Marie-Louise (9,10 carats) –
La grande Opale de Louis XVIII - Le Saphir bicolore (19,67 carats) - Le Diamant Jonquille (9,75 cts) –
La grande Emeraude de Louis XIV (17 cts) –
L’Améthyste de Marie-Louise (Souvenir de la parure livrée par Nitot pour l’Impératrice) –
L'Emeraude provenant de la Sainte Couronne (51,60 carats - c'était la couronne la plus ancienne, dépecée en 1794).
Ainsi que plus de 800 perles et pierres moins importantes.

- Un ensemble de 1 044 pierres et perles en provenance des Joyaux de la Couronne est cédé à l’Ecole des Mines à Paris (Les 896 perles ont été vendues vers 1903).

Depuis 1953, le musée du Louvre fait régulièrement des acquisitions importantes pour reconstituer en partie une collection de joyaux qui était l’une des plus belles au monde.





2 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour, A propos de la couronne de Napoléon III représentée sur ce site, j'imagine que c'est une copie. Si oui, pourquoi ne le dites vous pas ? réalisée quand et par qui ? Merci de préciser, Cordialement, JM Becard

Jean-Louis Gautreau a dit…

Comme j'ai pris la peine de signaler que la couronne de Napoléon III avait été détruite en 1887, il ne me paraissait pas indispensable de préciser que la couronne de la photo en couleur était une reproduction...
Quant à savoir qui a fait cette "copie" cela n'a pas beaucoup d'intérêt.

Cordialement