mardi 2 février 2021

10h - "Vénus et l'Amour" de Auger Lucas

Étude d’une toile à sujet mythologique, réalisée par un artiste peu connu, Auger Lucas 

Attr. à Auger Lucas (1685-1765) : Vénus et l’Amour dans la forge de Vulcain (c. 1720 – Musée des Beaux-Arts d’Orléans). Huile sur toile - 0,81 x 1 m

Ce tableau est un legs de Mlle Denise Lucas. Il est entré dans les collections du musée le 28 mars 1990. Au moment du legs, le tableau était attribué à Louis Jean François Lagrenée (1724-1805). Cette attribution a été remise en question.

Le peintre

L’attribution de ce tableau à Auger Lucas (1685-1765) est encore incertaine. Ce peintre est le petit-fils du portraitiste Robert Levrac-Tournières (1667-1752), auprès de qui il a pu probablement se former, avant d’intégrer l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture. En 1705, il remporte le Grand Prix de Rome pour une peinture d’histoire : « Judith amenée par des soldats dans la tente d’Holopherne ». En 1724, il est reçu académicien, avec son Morceau de Réception : « Acis et Galatée surpris par le Cyclope Polyphème » (château de Versailles).

Après un parcours académique classique, le jeune Lucas se spécialise dans la peinture de scènes allégoriques et mythologiques, parmi lesquelles la série de toiles des quatre saisons, conservée au Musée des Beaux-Arts de Nantes.

Cependant, ce peintre doit son succès à un autre type de production. En effet, il est également connu sous le surnom de « Maître des Carrosses », en référence à son travail dans l'ornementation de panneaux peints fixés sur les carrosses ; les sujets mythologiques sont fréquents.

Cette spécialisation fait que les œuvres de Lucas sont plutôt rares sur le marché de l’art. En effet, les panneaux étaient exposés aux intempéries, et la plupart des voitures du XVIIIe siècle on été détruites. La plus ancienne berline, issue des ateliers de carrosserie parisiens, conservée dans les collections publiques françaises, se trouve au château d’Eu. Elle a été commandée en 1727 pour Jean V de Portugal.

En 1991, un panneau peint a été identifié comme étant le seul élément connu qui ornait le carrosse du couronnement de Louis XVI, détruit en 1794.

Histoire et sujet

Bien que le titre ne le mentionne pas, le thème représenté semble aisément identifiable ; le grand bouclier occupe une telle place qu’il nous met sur la piste. Il s’agit de Vulcain décorant le bouclier d’Énée.

En douze chants, L’Énéide de Virgile fait le récit des épreuves rencontrées par le Troyen Énée (fils d'Anchise, apparenté à la famille royale de Troie), depuis la chute de Troie jusqu’à son installation dans le Latium.

L’Énéide commence par l’arrivée à Carthage des Troyens en fuite. Énée fait à Didon, reine de Carthage, un long récit de la prise et de la destruction de Troie par les Grecs, et lui raconte sa fuite, portant son vieux père Anchise sur ses épaules, et tenant son fils Ascagne par la main. Énée emporte aussi les statues des dieux de la cité, ainsi que le Palladium. Un groupe de Troyens les accompagne dans leur voyage.

Quand les Troyens quittent Carthage, ils se dirigent vers le Latium (région d'Italie centrale, incluant, actuellement, Rome).

Des oracles font comprendre à Latinus, roi des Laurentes (l’un des peuples du Latium), qu'il doit marier sa fille Lavinia à Énée, et non à Turnus, le jeune roi des Rutules (autre peuple du Latium).

Énée sera le fondateur de Lavinium, ville nommée ainsi en référence à sa seconde épouse.

Ainsi éconduit, Turnus, fou de rage, parcourut l’Italie à la recherche d’alliés, puis décida d'attaquer les Troyens. Vénus, voyant la guerre devenue inévitable, demanda à Vulcain, son époux, de forger des armes pour Énée.

Les Rutules commencèrent par assiéger le campement où s'étaient établis les Troyens, sans succès. Après divers épisodes, Turnus propose à Énée de se battre en duel. Ce dernier accepte, et tue Turnus au terme d'un long combat.

Le Chant VIII de L’Énéide relate les préparatifs de la guerre contre Turnus. Il se termine par la description du bouclier forgé par Vulcain. Destiné à Énée pour mener les combats à venir, il est orné de nombreuses scènes de l’histoire future de Rome. La description du bouclier d'Énée est clairement empruntée à celle du Bouclier d’Achille contenue dans L'Iliade.

Vénus offre à Énée les armes forgées par Vulcain.

« Lui (Énée), charmé des présents de la déesse, et fier d’un tel honneur, ne peut en rassasier ses yeux, et les examine l’un après l’autre ; il admire, il tourne entre ses mains, entre ses bras, le casque ombragé d’une terrible aigrette et qui vomit des flammes, l’épée meurtrière, la roide cuirasse d’un airain couleur de sang, […]. Puis il contemple les cuissards polis faits d’argent et d’or forgés deux fois, et la lance, et le bouclier à l’indescriptible contexture.

Sur ce bouclier le dieu du feu, qui n’ignorait pas les oracles et connaissait bien l’avenir, avait gravé l’histoire de l’Italie et les triomphes des Romains. On y lisait toute la race des futurs descendants d’Ascagne, et la longue série de leurs guerres. On y voyait aussi la Louve, qui venait de mettre bas, couchée dans l’antre verdoyant de Mars ; près d’elle, les deux enfants jouaient suspendus autour de ses mamelles, et tétaient leur nourrice sans effroi […]. Non loin de là, il (Vulcain) avait placé aussi Rome et les Sabines enlevées… »

Sur le bouclier, figurent de nombreux évènements liés à l’histoire de l’Italie, de la fondation de Rome par Romulus, à la bataille d'Actium.

« Telles sont les merveilles qu’Énée admire sur le bouclier de Vulcain, don de sa mère. Sans connaître les évènements, il se plaît à en contempler l’image tandis qu’il charge sur ses épaules les glorieuses destinées de ses descendants. »

La fondation de Lavinium, par Énée, est le premier acte de la fondation de Rome. Le deuxième acte sera accompli par son fils Ascagne, qui sera le fondateur d’Albe.

Troisième acte : Rhéa Silvia était une vestale descendante des rois d’Albe. Mars tomba amoureux de la jeune fille et la viola. Elle donna naissance à des jumeaux, Rémus et Romulus. Ce dernier deviendra le fondateur légendaire de Rome, le 21 avril 753 avant notre ère.

Le moment représenté dans le tableau est celui où Vénus vient séduire son époux pour qu’il fabrique des armes destinées à son fils, afin qu’il puisse combattre victorieusement les Rutules et Turnus, et accomplir ainsi son destin.

Description du tableau

Fils de Jupiter et de Junon, Vulcain est le dieu romain du feu, des volcans, de la forge, et le patron des forgerons.

La scène se déroule dans l’antre du dieu, sous le volcan de l’île de Vulcano, une des îles tyrrhéniennes (ou de l’Etna). A l’entrée de la grotte, on devine des petites plantes qui ont poussé dans les anfractuosités du rocher.

Cette toile est très fortement composée selon un axe vertical médian. La moitié droite appartient au monde souterrain de Vulcain, dans sa forge. Quant à Vénus, elle vient du monde extérieur ; dans la partie gauche, la grotte ouvre sur un vaste paysage marin lumineux, domaine où règne Vénus.

A l’horizon, on devine une île (Lipari ?). Les « nuages » que l’on voit hors de la grotte proviennent probablement de la fumée qui s’échappe du volcan.

Les trois personnages principaux, Vulcain, Vénus et son fils Amour, forment un groupe central pyramidal. La base de cette pyramide va de l’aile du fils de Vénus, au pied gauche de Vulcain. Son sommet est occupé par la tête de Vénus.

Assis dans son atelier, Vulcain est en plein travail. Dans sa main gauche, il tient probablement un ciselet pour graver le bronze du bouclier placé devant lui ; dans sa main droite, il serre un petit marteau à ciseler d’orfèvre. En raison de la chaleur de la forge, il est torse nu ; un manteau brun couvre le bas de son corps.

Très séductrice, enjôleuse, Vénus est penchée vers son époux, Elle lui demande de fabriquer des armes pour Énée, son fils adultérin. Le contraste entre les deux corps est saisissant. Celui de Vénus, gracieux, souple, voluptueux, délicatement rosé, entre en opposition avec celui de Vulcain, musclé, rude et bronzé. Un bandeau blanc maintient en arrière les cheveux du dieu.

Un long voile rose satiné flotte au vent, et dévoile le corps de Vénus plus qu’il ne le dissimule. Ce grand drapé est un vrai « morceau de bravoure », le peintre lui a accordé beaucoup d’importance, et l’a traité avec raffinement. Ce voile aérien vient rompre et agrémenter la composition d’ensemble, plutôt sobre, et lui confère une note baroque.

Vénus porte un diadème en or ; une guirlande de perles serpente dans ses cheveux. Une ceinture en or sertie de pierres précieuses maintient tant bien que mal le tissu rose ; un cabochon de rubis en orne la boucle.

Appuyé sur un nuage, le jeune Amour s’apprête à décocher une flèche en direction de Vulcain. Il aide ainsi sa mère dans son entreprise de séduction. Vulcain ne pourra pas résister aux désirs de son épouse, pourtant notoirement infidèle, et acceptera de fabriquer des armes pour Énée. L’empennage de la flèche d’Amour est composé de plumes roses.

 Les reflets lumineux du grand bouclier de bronze conduisent le regard vers la droite du tableau, où l’on devine deux aides de Vulcain travaillant à la forge. Vulcain est l’équivalent romain d’Héphaïstos et selon la légende grecque, les noms des trois cyclopes qui servent d'assistants au dieu du feu, sont connus : Acamas, Pyracmon et Adnanos.

Sur la droite, le foyer embrasé constitue une ouverture dans la composition. Sur la table, un pot cylindrique en métal gris contient une dizaine de petits outils (ciselets ?) ; à côté, un marteau est posé, en équilibre. Sous la table, on distingue une cuirasse et un casque d’airain, ainsi qu’un autre marteau plus gros. Cet ensemble d’objets constitue, avec le bouclier, une grande nature morte.

Une autre version du tableau, elle aussi attribuée à Auger Lucas, est conservée au musée Denon de Chalon-sur-Saône. Le cadrage plus large laisse  apparaître, à gauche, trois petits amours jouant avec des colombes ; ils sont rassemblés autour de ce qui semble âtre le char de Vénus.

 Ce tableau évoque avec grâce un épisode très connu de la légendaire fondation de Rome.

 

 

 

 

dimanche 6 décembre 2020

NEVERS - Chapelle Saint-Sylvain

 Chapelle Saint-Sylvain et Église Sainte-Bernadette

Visite des deux chapelles le 27 février 2016

1 - Chapelle Saint-Sylvain - Le premier édifice semble avoir été érigé par les chanoines de l’abbaye Saint-Martin en 1269. En 1317, la chapelle est agrandie et couverte de voûtes d'ogives. Aux XVIe et XVIIe siècles, elle sert de funérarium pour les corps des seigneurs de Nevers, décédés hors de la ville, avant la cérémonie religieuse dans la cathédrale St-Cyr. Ils y restaient le temps nécessaire à l’embaumement et au recueillement.

La chapelle est vendue bien national en 1791 afin d’être transformée en maison d’habitation.

Actuellement, la chapelle Saint-Sylvain est habitée par Jacqueline et Michel Philippart.

« On habitait la maison à côté. On louait la partie arrière de la chapelle comme garage, puis on l’a achetée. En démontant des cloisons, j’ai vu des peintures. Nous avons acheté la partie avant en 1999, et l’année suivante, nous avons découvert deux visages médiévaux. »

Début 2000, lors de travaux de nettoyage des murs, des peintures murales ont été mises au jour, de part et d'autre de la baie centrale du chevet. La partie droite représente trois personnages masculins auréolés se tenant sous une arcature. Les deux personnages qui se font face sont postérieurs à celui représenté plus bas. Il s'agit à gauche d'un évêque ou d'un pape, et à droite d'un moine. L'identification de ce dernier fut aisée : tonsure marquée, chevelure et barbe bouclée, présence d'un livre, bonhomie bienveillante... autant d'attributs de saint Sylvain. Classé monument historique, l’édifice fait l’objet de longs et patients travaux de réhabilitation.

Une collection privée - Michel Philippart, lui-même artiste peintre, a l’idée de commander, au culot,  des œuvres à des artistes : « J’ai contacté ceux que j’aime, pour qu’ils fassent une œuvre spécifique pour le bâtiment, pérenne et gratuite. C’était une offre d’être humain à être humain. Un bon dossier. Le premier qui a accepté, c’est François Morellet ; il a fait deux vitraux dans sa vie, l’un est au Louvre, le second ici. Une porte s’est ouverte, et d’autres ont suivi. Aujourd’hui, il n’y a plus de place. C’est un cabinet de curiosités unique. »

A partir de 2010, des artistes célèbres ont réalisé une œuvre spécifique pour cet édifice, en écho aux peintres du Moyen-Âge qui ont réalisé des visages et des tracés géométriques sur les murs : Claude Viallat, François Morellet, Claude Parent, Bernard Rancillac, Jean Le Gac, François Boisrond ont ainsi transformé cette modeste chapelle en un édifice exceptionnel et unique : lien entre la peinture médiévale et l'art contemporain. Un collage d'Erró se trouve désormais dans l'édifice. Ainsi, cette chapelle est devenue incontournable pour les amateurs d'arts ancien et actuel. Se trouvent côte à côte, les peintures médiévales dégagées depuis 2003 et des œuvres contemporaines qui s'en sont inspirées.
En 2013 : Vitraux de Colette Deblé, Gérard Guyomard et un néon de Claude Lévêque, artiste essentiel dans l'art contemporain.
En 2014 : vitrail d'Ivan Messac, toile de LEM, sculpture de Richard Di Rosa, photos lumineuses de Gisèle Didi et de Thierry Vasseur

Un lieu étonnant à découvrir absolument.

Je remercie Claude Viviani d'avoir accepté de me communiquer une douzaine de ses propres photos pour compléter les illustrations dont je disposais. 

Plan et entrée de la chapelle 
 
1 - Premier étage - (sous la voûte ogivale)                                                                

Carole Georges et Jean-François Dumont
(céramistes) : 10 assiettes dont les traits rouges dessinent une croix (en haut)

Claude Parent (1923-2016 – architecte) : Dessin à l’encre (à mi-hauteur)

François Morellet (1926-2016) : dessin sur panneau (en bas) - Entre les ogives, on voit les tracés géométriques médiévaux qui ont inspiré Morellet.                                                                                                              

Fresques médiévales - Faux rideau

Plats de Claude Parent et François Morellet (reprise des motifs dessinés)

Photo montage de Claude Parent

Vue d’ensemble du niveau supérieur de la chapelle.

Dominique Gauthier (né en 1953) : peinture (en haut, à gauche)

François Morellet (en bas, à gauche)

Ivan Messac (né « en 1948) : « St Sylvain terrassant le dragon ». Vitrail.

Lem : « St Sylvain » (2015). Peinture (à droite)

Claude Lévêque (né en 1953) : « Chute ». Néon (suspendu à la clé de voûte)

Au niveau su sol, la dalle de verre, puits de lumière, permet de voir l’étage inférieur.

L'artiste souhaite garder l'anonymat : Vitrail (Donald) (à gauche)

Abbé Nicolas Boon (1920-81) : « Scène de la Visitation »

Lucien Verdenet : Peinture en forme de L

François Boisrond (né en 1959) : peinture (en bas, à droite)

Jean Le Gac (né en 1936) 

François  Morellet : Vitrail. Il a utilisé les décors médiévaux peints sur les murs pour ses superpositions de trames.

Claude Parent : Vitrail

Ernest T. 
: toile N 191 (en bas, à droite)

Erro (né en 1932) : Collage

Bernard Rancillac (né en 1931) : pilier violet

Colette Deblé : « Mère de Dieu ». Silhouette, tissu collé sur carton (et le pilier Rancillac)

Gisèle Didi (née en 1970) : photo lumineuse (à gauche)

Thierry Vasseur : photo lumineuse (à droite)

Jacqueline Sirjean (née en 1945) : « Soleil levant ». Vitrail en dalles de verre                                           
Jacqueline Sirjean

Richard di Rosa (né en 1963) : « Ange ». Sculpture

Colette Deblé (née en 1944) : « Les Dames de Nevers ». Vitrail

Marc Vérat (né en 1951) : Vitrail

Gérard Guyomard (né en 1936) : « Mickey l’ange de la montagne ». Vitrail

Claude Viallat (né en 1936)


2 - Au rez-de-chaussée - Niveau d’habitation de M. et Mme Philippart

Au pied de l’escalier :

La Malfa : toile (Nonne en bikini) (en haut)

Texte de Taroop & Glabel : « CROIRE OU RIRE / IL FAUT CHOISIR »

Michel Philippart (né en 1946) : nombreuses peintures

Interprétation d’une aquarelle de Martin des Amoignes                                                                                 
                                                Autre toile

Ensemble de toiles de la période géométrique

" Le Poids du Passé, Chute d’un Chêne" (1988)

                                            Tableaux-téléviseurs

                                    Vue vers le premier étage à travers un plafond de verre

M. Philippart (à gauche) accueillant un groupe des Amis du FRAC d'Orléans

 

                                                                     Façade sud
2 - Église sainte Bernadette du Banlay

Elle a été élevée en 1966 sur les plans de Paul Virilio et Claude Parent, fondateurs de la théorie de la « fonction oblique » ou « architecture oblique ».

En passant dans la rue du Banlay, on est intrigué par cette singulière construction qui fait penser à un bunker de la Seconde Guerre mondiale. Son cocréateur Paul Virilio a en effet été fort impressionné par ces monuments, qu'il compare notamment aux tombeaux aztèques dans son livre Bunker archéologie, édité en 1958.

L’église a été classée au titre de Monument Historique en mai 2000, puis a reçu de la préfecture de Dijon le 25 février 2005 le label du « Patrimoine du XXe siècle ».

                                           Entrée sur la façade ouest

                          Plan de l'église et de son environnement

                                                                       Intérieur

                                            Autel (bloc de pierre)

                                            Tabernacle taillé dans un bloc de pierre

                                                   Fonts baptismaux

                                            Vitraux