dimanche 30 avril 2017

FONTAINEBLEAU - Galerie François 1er



Château de Fontainebleau
Le décor de la galerie François 1er

François 1er confia la décoration de la galerie (L. 60 m) à Giovanni Battista di Jacopo, surnommé Rosso Fiorentino (1494-1540). Arrivé en 1530 à Fontainebleau, cet artiste était un admirateur de Michel-Ange.
De chaque côté de la galerie, 7 grandes peintures à fresque alternent avec 8 fenêtres. Les 14 grandes fresques sont encadrées, soit par des panneaux peints, soit par de grands motifs en stuc.
Ce cycle d'une grande complexité a sans aucun doute été imaginé par un lettré nourri des auteurs de l'Antiquité, appartenant à l’entourage du souverain, tel Lazare de Baïf ou Guillaume Budé. Le programme iconographique de la galerie n’a pas livré tous ses secrets. Aucun texte de l’époque ne vient en éclairer la symbolique. Parfois le sujet semble obscur, parfois plus clair, du moins en apparence.
Les fresques représentent des scènes allégoriques de la mythologie gréco-romaine. Leurs sens ont toujours été sujets à discussion, de nombreuses explications ont été avancées au cours des siècles. Déjà, à l’époque de leurs réalisations, la sœur du roi, Marguerite d’Angoulême, admettait n’y rien comprendre. La galerie est une énigme et seul le monarque en avait la clef, au propre comme au figuré.

Les boiseries en chêne qui ornent les murs et le plafond à petits caissons ont été réalisés par Francesco Scibec da Carpi en 1539.

1ère travée - Les commentaires se feront à l'inverse du plan ci-dessus. Ils commencent par la travée VII du plan, dans le sens habituel de la visite du château.
1 – Le Sacrifice (à gauche – nord)
Au centre, auprès d’un autel sacrificiel en flammes, se tient un vieillard vêtu de noir et coiffé d’une mitre, une sorte de grand prêtre. Trois jeunes gens s’avancent, porteurs d’urnes de vin. Au premier plan, des femmes et des petits enfants. Au pied du grand prêtre, une jeune mère qui contemple son nourrisson, évoque une Nativité. Il pourrait s’agir d’une cérémonie comme celle qui, dans l’Antiquité, était suscitée par une naissance. Est-ce que ce ne serait pas la représentation symbolique de la naissance du Roi, « François, premier du nom », un nom qu’il tient de François de Paule. Le grand prêtre ne pourrait-il figurer ce saint thaumaturge qui avait la réputation de favoriser la venue au monde des enfants ? À la toute jeune Louise de Savoie, déjà inquiète de ne pas être mère, il avait prédit non seulement qu’un fils lui naîtrait, mais que ce fils connaîtrait un destin de roi, alors improbable, car il n’était pas dauphin.

2 – L’Ignorance chassée (à droite – sud)
La scène se déroule sur des nuées : en haut, à droite, le roi, en empereur romain couronné de laurier, a atteint la porte du temple de Jupiter, l’épée à la main droite, et un livre sous le bras gauche. La source de lumière provient de la porte du Temple.
François 1er s’illustre dans l’art de la guerre (l’épée) ; il règne aussi par les arts de la paix, amie de l’étude et de la sagesse (le livre). Il a laissé derrière lui toutes sortes de personnages aux yeux bandés, les uns prostrés, les autres aux corps contorsionnés. Ces personnages représentent l'ignorance qui est chassée du monde.
Cette fresque valorise le roi vertueux qui contribue à chasser l'ignorance en favorisant les valeurs humanistes de l'éducation et de la connaissance, pendant que se perdent ceux qui veulent rester dans l’ignorance.
Il s'agit peut-être d'une allusion à la politique culturelle du roi (création du futur Collège de France, de l'Imprimerie royale, et du mécénat en faveur des artistes).

2e travée
3 – L’Eléphant fleurdelisé (à gauche – nord)
Cette fresque est une des plus célèbres du château de Fontainebleau. Le personnage principal, un éléphant, est campé au milieu d’un lieu architecturé, fait l’objet de l’attention d’une foule pressée à un balcon. L’éléphant fleur-de-lysé représente le roi François 1er. C’est un symbole de force, de sagacité, et de pérennité de la royauté. Des indices permettent de le reconnaître : la salamandre sur le cuir découpé ornant le front de l’éléphant, les lys et le chiffre royal ornant le caparaçon.
À ses pieds, une cigogne symboliserait l'amour filial, elle représente la mère du roi, Louise de Savoie.
Autour de lui on retrouve les trois fils de Saturne représentant les éléments : Jupiter, en vert, avec le foudre (le feu ou l’air) (en empereur romain = François 1er ?) ; Neptune, en rouge, avec son trident (l'eau), et en jaune, à droite, Pluton accompagné de Cerbère, le chien à trois têtes (la terre). Ces trois personnages font référence aux trois espaces sur lesquels règne le roi.
A gauche de la fresque, on peut distinguer un personnage en chemise verte et à la barbe rousse ; c’est probablement un portrait de Giovanni Battista di Jacopo, surnommé Rosso Fiorentino.  
Détail - stuc et fresque :  L'Enlèvement d'Europe


4 – L’Unité de l’Etat (à droite – sud)
Le décor est celui d’une cité antique. Au centre, le Roi est très reconnaissable. Revêtu d’une cuirasse romaine, couronné de laurier, c’est un nouveau César, triomphant. Il tient dans sa main gauche un fruit qui est une grenade, traditionnel symbole de concorde de par ses graines multiples resserrées sous une même écorce.
Autour de lui se groupent des personnages diversement vêtus : soldats, bourgeois, juristes, philosophes, paysans. La diversité des classes sociales représentées dans son entourage serait une référence au caractère universel de son gouvernement, s'appliquant à tous ses sujets. Le roi est défenseur de l'unité de l'état, et de toutes les corporations du royaume.
Cette scène pourrait aussi être une allusion à l'unification historique de la Gaule par César ou par Vercingétorix.
Le Roi et son interlocuteur ont des gestes très expressifs ; ils semblent engagés dans une discussion animée. Ce pourrait être un philosophe, un théoricien de l’art de gouverner qui expose ses idées au Roi. 

3e travée
5 – L’Incendie ou Les Jumeaux de Catane (à gauche – nord)
Au premier plan, deux jeunes gens portent leurs vieux parents sur leur dos. Quatre enfants les escortent, l’un transportant son petit chien. A l'arrière plan, une ville en flammes brûle, des habitants sont prostrés, d’autres fuient. Cette fresque est interprétée comme l'histoire de deux jumeaux, Amphinomus et Anapias, qui sauvèrent leurs parents lors de l'incendie de Catane, à la suite de l'éruption de l'Etna. Cela pourrait illustrer la gratitude et le dévouement que l’on doit vouer à ses parents. Ce serait donc le symbole de la piété filiale, à mettre en parallèle avec le dévouement des deux fils du roi, le dauphin François et Henri, qui furent envoyés à Madrid en 1526, et détenus en otage, pour permettre la libération de leur père.
Détail stuc gauche


6 – Cléobis et Biton (à droite – sud)
Tiré de l’œuvre d’Ovide : L’art d’aimer. La mythologie grecque conte comment Cydippe, grande prêtresse, doit se rendre au temple d’Héra dans un char tiré par des taureaux blancs. Or une épidémie les a frappés. Alors, les deux fils de la grande prêtrese, Cléobis et Biton, les remplacent.
Cydippe demande à la déesse de donner le meilleur pour ses fils ; après les cérémonies et un banquet, Cléobis et Biton s’endormirent dans le temple, mais ne se réveillèrent pas. Héra venait de leur donner le meilleur pour un mortel : la mort. Cette fresque symboliserait l'amour de François 1er et de sa sœur, Marguerite d'Angoulême, pour leur mère Louise de Savoie. Le roi vénérait sa mère. C’est la même symbolique que pour les jumeaux de Catane, c’est la « Pietas » antique, la gratitude que l’on doit vouer aux parents et ancêtres. Les 2 fresques illustrent le même thème : la piété filiale
C’est aussi le symbole de la fertilité du roi, Héra étant la déesse du mariage et de la fécondité. En 1530, François 1er épouse en secondes noces, Éléonore, sœur de Charles Quint. Mais cette nouvelle union ne donnera pas de descendance.

4e travée
A l’origine, deux cabinets (poéminents) occupaient la partie centrale de la galerie : l'un du côté nord, l'autre au sud. Les cabinets ont tous les deux disparu ; celui au sud, lors de la construction de la terrasse au 16e s. ; celui au nord, lors du doublement de la galerie en 1786.
La travée centrale est plutôt vouée aux amours du dieu des dieux, et donc à des images de volupté.

7 – La Nymphe de Fontainebleau (à gauche – nord)
Le cabinet nord était orné d’une fresque du Primatice, représentant Sémélé, une prêtresse dont le dieu tomba amoureux. Dionysos sera le fruit de leur union.
Lors du doublement de la galerie, la fresque fut détruite. Au XIXe siècle, on pensa remplacer l’image de Sémélé, par la légende formée sur le nom de Fontainebleau : la fontaine découverte par un chien de chasse nommé Bliaud. Ce sujet offrait la possibilité de représenter une figure féminine symbolisant la source, dans une pose comparable à celle de Danaé.
La Nymphe fut dessinée par Louis-Charles de Couder en 1834, d'après une gravure de Pierre Milan datant de 1554, faite d’après un dessin du Rosso. Elle fut mise en couleur en 1860 par Jean Alaux. Je vous rappelle que Cellini s’est inspiré de cette fresque du Rosso pour réaliser sa Nymphe de Fontainebleau en bronze, destinée à orner la Porte dorée.

8 – Danaé visitée par Zeus dissimulé en pluie d’or - par Le Primatice (à droite – sud)
Actuellement, toutes les fresques de la Galerie sont l'œuvre du Rosso, à l'exception de cette Danaé, œuvre du Primatice.
Danaé, enfermée dans une tour, est « visitée » par Zeus qui a pris l’apparence d’une pluie d’or ; Persée sera le fruit de leur union. Cette œuvre est inspirée d’un tableau de Michel-Ange, intitulé « Léda et le Cygne », que possédait François 1er. Cette peinture a disparu, mais elle est connue par des copies.

5e travée – dédiée à la mort
9 – Le Naufrage ou La Vengeance de Nauplius (à gauche – nord)
Cette fresque est la plus sombre. Au retour du siège de Troie, les navires grecs tombent dans un piège tendu par Nauplius qui voulait venger la mort de son fils, Palamède, injustement mis à mort par Ulysse. Il a fait allumer un fanal sur les récifs de la côte d’Eubée afin de tromper les vaisseaux grecs qui, croyant entrer au port, s’abîment sur les rochers. Les marins se noient et Nauplius et les siens tuent à coups de rame ceux qui cherchent à atteindre le rivage. Le Rosso a particulièrement réussi cette scène violente.
Le personnage central, armée d’une rame, est une variante du « Charon » de Michel-Ange, la fresque symbolisant alors le batelier des enfers dans l’empire des morts. (Jugement dernier – Chapelle Sixtine)
Cette fresque pourrait être une allusion à la trahison du Connétable de Bourbon, cousin du roi, qui passa au service de Charles Quint. Le roi a vécu cette trahison comme un drame.

10 – La Mort d’Adonis (à droite – sud)
Au premier plan, le bel Adonis, amant de Vénus, a été blessé à mort par un sanglier. Des amours s'échappent avec ses vêtements. Vénus est représentée sur son char au milieu d'une nuée. Elle est accompagnée d’Eros et de la Fortune.
Elle se précipite vers Adonis en s’arrachant les cheveux. Cette composition est fondée sur une grande diagonale qui unit Vénus à Adonis, le ciel et la terre, la vie et la mort, mouvement de chute qui accentue le drame. Curieusement, le groupe d’Adonis et des Amours, traités comme de grands anges, évoque une mise au tombeau.
La fresque pourrait être une allusion à la mort du dauphin François, fils aîné de François 1er, brutalement disparu en 1536, à l’âge de dix-huit-ans.

6e travée
11 – L’Education d’Achille par Chiron (à gauche – nord)
C’est le thème de la jeunesse guidée par la force et la sagesse de ses maîtres.
Cette fresque fonctionne comme une bande dessinée : les mêmes personnages jouent plusieurs scènes. Le Centaure Chiron, qui est un sage, fait l'éducation du jeune héros grec, Achille. Il lui enseigne l’escrime, la natation, l’équitation, le maniement de la lance et des armes, et la chasse (à droite). A l’arrière-plan, sous un péristyle, Achille reçoit sans doute d’autres leçons plus intellectuelles.
Cette fresque illustrerait la parfaite éducation de François 1er et ainsi l'éducation « idéale » très complète que doit recevoir un prince « humaniste ».
Détail du stuc à gauche


12 – La Jeunesse perpétuelle (ou perdue) (à droite – sud)
Le sujet de cette fresque est tiré d’une fable de Nicandre de Colophon (grec, IIe siècle av. J.-C.).
Voici le résumé de cette fable : les hommes avaient trahi le titan Prométhée en indiquant à Zeus où il avait caché le feu. En remerciement, les hommes avaient reçu la jeunesse éternelle. Mais, fainéants, stupides et ingrats, ils se lassèrent vite de porter ce don précieux, et ils en chargèrent un âne. Assoiffé, l’animal voulut s’abreuver à un point d’eau placé sous la garde d’un serpent. Celui-ci exigea le fardeau qu’il portait avant de lui permettre de boire. L’âne accepta. Dès lors, les hommes furent condamnés à vieillir, tandis que les serpents conservèrent une jeunesse éternelle en bénéficiant d’une mue annuelle.
On peut voir, en haut à gauche, le dieu Mercure venant au-devant des hommes, annoncer que Zeus accepte de leur donner la jeunesse éternelle. Toujours à gauche, nous voyons un groupe de jeunes gens gracieux, auxquels s’opposent, à droite, des vieillards caricaturaux. Au centre, l'âne portant la Jeunesse est en train de s'abreuver à une source gardée par un dragon.
Le serpent-dragon enlève la Jeunesse représentée sous les traits d'une jeune fille. Cette fresque est peut-être une réflexion mélancolique sur la jeunesse fugace et passagère.

7e travée
13 – L’Amour ou Vénus frustrée (à gauche – nord)
Cette fresque est aussi intitulée Vénus tentant de réveiller l'Amour endormi, tandis que Mars est parti guerroyer. Des amours volettent dans le ciel en emportant son bouclier, sa lance et son casque. A droite, un livre, symbole de la connaissance et des loisirs studieux, est abandonné. Vénus, prétexte à un nu très gracieux, se penche vers Amour endormi ; elle le réveille afin de rappeler Mars de la guerre pour qu’il renoue avec l’amour et le savoir. Vénus est-elle frustrée en raison de la guerre, cette guerre qui fait oublier les délices de la vie ? Une autre jeune femme se tord les mains.
La scène exprimerait la fatalité de la guerre qui vient troubler l’amour et la vie heureuse. Les deux figures féminines sont belles, et le décor semble être celui de bains luxueux, comme ceux dont le Roi jouissait à Fontainebleau, au rez-de-chaussée de la galerie…
Les grandes figures nues en stuc du jeune homme (à gauche) et de la jeune femme (à droite) qui encadrent la fresque rappellent l’admiration que Rosso portait à Michel-Ange.
Sous la fresque est installé un tableautin réalisé en 1540, représentant une vue du château avec la galerie François 1er et la Porte Dorée.

14 – Le Combat des Centaures et des Lapithes (à droite – sud)
C’est la moins lisible des fresques, car elle est très usée. Cette fresque illustre le combat des Centaures contre les Lapithes. Au cours des noces de Pirithoos, roi des Lapithes, et d’Hippodamie, les Centaures se sont enivrés et ont enlevé et abusé la jeune épousée. Pour les Grecs, les Centaures symbolisaient les instincts animaux dont la concupiscence et l’ivresse sont les traits caractéristiques.
Une intense gesticulation exprime le désordre et la violence du combat. Les formes humaines et animales s’entremêlent. Il s’agit peut-être d’une évocation de la lutte entre la France et la maison d’Autriche, après l’invasion, en 1536, de la Provence par Charles Quint.
À moins que l’allusion soit d’une portée plus générale, par exemple une réflexion sur les horreurs de la guerre ?


Isidore Patrois (19e) : François 1er confère à Rosso les titres et les bénéfices de l'abbaye de St-Martin en récompense pour son travail. La scène se passe dans la galerie du roi. 





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